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Posté le Saturday 31 July 2010 @ 08:30:20 by Youba Contributed by: Anonyme
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 Avec « Routes d’Arabie », le musée du Louvre à Paris crée l’événement
en regroupant 300 pièces toutes plus exceptionnelles les unes que les
autres. La majorité d’entre elles n’ont jamais été présentées au public
et révèlent l’existence d’une culture préislamique et anthropomorphe.

Tombe à Mad'in Salih (nord-ouest de l'Arabie saoudite).
© Musée du Livre
Cédant aux cyniques de l’époque, philosophes, anthropologues et
historiens répètent à l’envi que le monde n’a plus rien à cacher et que
les explorateurs sont une espèce en voie de disparition. Avec
l’exposition « Routes d’Arabie* », qui s’est ouverte le 14 juillet, le
Louvre prouve qu’il n’en est rien et que les endroits même familiers
peuvent receler de grands mystères.
Loin des clichés sur l’Arabie saoudite, pays associé aux
pétrodollars, à l’islam rigoriste et au désert, le musée parisien
invite le visiteur à un voyage aux origines de la péninsule. De la
préhistoire au début du XXe siècle, en passant par l’Antiquité et le
Moyen Âge, l’on découvre l’histoire d’un pays fascinant, façonné par
les grandes routes du commerce puis du pèlerinage et constitué d’abord
d’oasis et de cités indépendantes.
 
De g. à dr. : tête
lihyanite, IVe-IIe siècle av. J.-C., statue lihyanite, IVe-IIIe siècle
av. J.-C., stéle anthropomorphe, IVe millénaire av. J.-C. (Musée du Louvre/Saudi Commission for Tourism ans Antiquities/Musée du Louvre).
L’exposition, dont la scénographie alterne pièces archéologiques,
cartes et photographies en noir et blanc, est d’autant plus
exceptionnelle que « la majorité des 300 pièces n’ont jamais été vues
non seulement en Occident mais également en Arabie saoudite pour la
plupart d’entre elles », indique Béatrice André-Salvini, directrice du
département des antiquités orientales au Louvre. Les œuvres proviennent
essentiellement du musée de Riyad, du département d’archéologie de
l’Université du roi Saoud et de musées régionaux.
« C’est une première mondiale, ajoute Carine Juvin, co-commissaire
de l’exposition. Certaines pièces étaient dans des réserves en Arabie
saoudite et restaient inconnues. D’autres ont été publiées dans des
catalogues en arabe très confidentiels et peu accessibles au grand
public. » Et pour cause… Les deux tiers de l’exposition sont consacrés
à la période préislamique, qui a longtemps constitué un tabou dans
l’histoire de l’Arabie saoudite. Pour les Saoudiens les plus
extrémistes, leur pays est né par et avec l’islam. L’époque
préislamique, où régnait le cosmopolitisme, les échanges avec le monde
chrétien et surtout le paganisme, se trouve frappée de nullité, voire
d’inexistence. Au cours des cinquante dernières années, de nombreuses
pièces archéologiques auraient même été détruites par méconnaissance ou
intégrisme religieux.
Lors de l’inauguration de l’exposition le 12 juillet, beaucoup se
sont donc étonnés de voir le ministre des Affaires étrangères, le
prince Saoud al-Fayçal, se féliciter de cette exposition exceptionnelle
qui non seulement dévoile un passé longtemps caché, mais va même
jusqu’à l’exalter. Il y a encore quelques années, il était impossible
d’imaginer qu’un ministre du royaume wahhabite puisse poser pour les
photographes devant des stèles anthropomorphes ou des statues de
colosses nus. Dans un article paru dans le quotidien saoudien Okaz, le
journaliste Abdo Kahl, tout en se félicitant de cette ouverture
d’esprit et de ce signe fort adressé aux extrémistes religieux,
regrette que les Saoudiens ne puissent pas eux-mêmes voir cette
exposition.
Idoles païennes
Pour l’heureux visiteur du Louvre, ce voyage en Arabie n’en est que
plus fascinant, voire émouvant. Dès l’entrée de l’exposition se dévoile
une péninsule fondée sur le nomadisme, le voyage et le commerce. Cette
mobilité incessante a fait du pays un carrefour d’influences. Les
stèles funéraires, datant du IVe millénaire avant J.-C., rappellent que
l’anthropomorphisme n’a pas toujours été interdit. Certaines
sculptures en grès rouge, qui n’ont rien à envier aux œuvres des
maîtres cubistes, étonnent par leur modernité. L’une d’entre elles,
présentée pour la première fois, a longtemps été interprétée comme «
une de ces idoles païennes que le prophète a détruites », précise
Béatrice André-Salvini. Les commissaires de l’exposition ne manquent
pas d’ailleurs de remarquer qu’à cette époque déjà il y avait une nette
sous-représentation des stèles féminines. De quoi couper l’herbe sous
le pied de ceux qui prétendent que le machisme est né avec l’islam…
Entretenant des relations commerciales avec tous les grands
comptoirs de la Méditerranée, l’Arabie est très influencée par les
cultures hellénistique et romaine. En témoignent les représentations de
scènes de banquet, mais aussi, et surtout, un masque en bronze datant
du IIe siècle, qu’on ne serait pas étonné de trouver dans un musée de
Pompéi ou d’Athènes. La partie consacrée à la culture islamique est
d’une richesse saisissante. Privilège exceptionnel, l’Arabie saoudite a
prêté au Louvre la porte de la Kaaba réalisée à la demande d’un sultan
ottoman entre 1630 et 1636. Devant ce chef-d’œuvre de l’art islamique,
richement décoré, on ne peut s’empêcher de penser aux milliers d’hommes
et de femmes qui y ont posé leurs mains, réalisant ainsi le rêve le
plus sacré de chaque musulman.
Certes, d’aucuns ont regretté l’absence du roi Abdallah
pour inaugurer cet événement exceptionnel. Mais quel que soit l’état
réel des relations politiques entre la France et l’Arabie saoudite, la
coopération culturelle entre les deux pays reste intense, et le Louvre
y joue un rôle central. En 2004, le musée signait un accord de
collaboration culturelle avec le prince Sultan Ben Salman, président du
Haut Comité du tourisme.
En 2006, Jacques Chirac admirait les « chefs-d’œuvre de la
collection de l’Islam du Louvre » présentés au musée de Riyad et c’est
à cette époque qu’est née l’idée de l’exposition « Routes d’Arabie ».
La famille royale saoudienne n’a jamais caché son intérêt pour le musée
parisien et le prince Sultan Ben Salman a même déclaré à la presse que
La Joconde était une œuvre qui lui « nourrissait l’âme ». Le prince
Al-Walid a d’ailleurs donné 17 millions d’euros au Louvre pour
construire de nouvelles salles consacrées à l’art de l’Islam. Un don
qui a encore accéléré la coopération scientifique entre le Louvre et les services d’archéologie saoudiens.
De nombreuses pièces de l’exposition, notamment les statues colossales
des anciens rois de Lihyan, ont d’ailleurs été restaurées au sein du
musée parisien.source: jeune afrique
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