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  Posté le Saturday 16 January 2010 @ 15:42:15 by Ibnou
Contributed by: Anonyme


Pourtant, là où le dialogue a été prôné par les gouvernants, le salafisme djihadiste a enregistré des reculs drastiques, comme en Egypte, en Arabie Saoudite et en Algérie. Qui aura le dessus, la voie de la raison ou celle de la force ?

En Mauritanie, les Ulémas qui viennent d’achever quatre jours de débats et de réflexions autour d’un thème portant sur la «Problématique du fanatisme et de l’extrémisme en Islam » ont demandé aux autorités d’engager un dialogue suivi avec les «Djihadistes salafistes » mauritaniens.

Une recommandation qui rejoint celle avancée plutôt par le Cheikh Mohamed El Hacen Ould Deddew lorsque dans un entretien, il avait souligné que «le dialogue est la seule voie pour circonscrire l’extrémisme et empêcher la jeunesse d’adhérer à ses courants ».


 

En prônant le dialogue, comme solution à moindre coût pour éradiquer le terrorisme, les érudits mauritaniens n’ont fait que retenir les leçons de l’histoire, celle des pays qui ont connu le phénomène bien avant la Mauritanie, et qui, après avoir testé l’inefficacité des méthodes musclées ont fini par recueillir les fruits de la paix sociale, à travers un dialogue direct avec les salafistes.

Classification.

En effet, deux types d’approche sont avancés par les théoriciens du renseignement dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. La première, diaboliser les auteurs de terrorisme pour que la population adhère à la logique de la force publique, à l’image de ce qui est arrivée après les attentats de Casablanca au Maroc. La deuxième approche, privilégier la communication avec les populations les plus sensibles aux thèses djihadistes ou avec les théoriciens de ce courant.

En Mauritanie, certains cercles du pouvoir semblent non adeptes de cette seconde approche, entrevoyant dans le dialogue avec les «terroristes » un danger qui écarte toute possibilité de communication avec ces individus qu’il faut plutôt isoler et traiter comme de vulgaires criminels. Autrement dit, la réponse militaire et répressive contre ce qui est considéré comme une menace terroriste.

Selon le Cheikh Mohamed El Hacen Ould Deddew, il existe trois catégories de prisonniers salafistes dans le cas mauritanien, quelques 60 détenus, qu’il faut traiter chacun à part :

il y a d’une part, les auteurs d’actes de violences contre des tiers qu’il faut juger rapidement conformément à la Charia, celui des personnes qui n’ont commis aucune violence mais qui prêchent l’idéologie du «Takfir» contestant l’autorité de l’Etat et avec lesquels il faut ouvrir le dialogue pour les ramener sur le bon chemin, et enfin, ceux qui n’ont commis aucune violence et n’adhèrent à aucune idéologie salafiste, mais qui ont été arrêtés seulement pour leurs sympathies avec les groupes violents. Ceux-là, selon Ould Deddew doivent être libérés rapidement pour les empêcher d’évoluer vers les deux premières catégories.

Fort de l’appel ainsi lancé par plusieurs érudits, les autorités mauritaniennes avaient tenté l’ouverture vers les «salafistes » détenus à la prison civile, avant que les enlèvements d’étrangers (trois Espagnols puis deux Italiens) ne viennent conforter la thèse des faucons sur celles déjà esquissées des colombes.

En effet, l’appel lancé le 23 novembre 2009 par 25 prisonniers «salafistes » qui avaient publié un document appelant à la fin de la violence et déclaré leur retrait du mouvement avait failli trouver écho favorable avant que les derniers incidents ne viennent tout compromettre. Ce qui poussera plusieurs analystes à déclarer que les violences que le pays vient de connaître pourraient bien mettre un terme aux tentatives d’instaurer le dialogue entre l’Etat et les groupes mauritaniens d’Al Qaïda.

Le gouvernement sera plus préoccupé maintenant par les questions sécuritaires que par le dialogue, relève-t-on alors que d’autres précisent que l’Etat mauritanien ne fera plus confiance, au moins à court terme, aux promesses des salafistes de rejeter la violence et l’extrémisme. Cependant, de telles analyses avancées dans le feu de l’actualité semblent aujourd’hui battues en brèche par les recommandations formulées par les Ulémas qui continuent de croire malgré tout aux vertus du dialogue.

Les exemples.

Leur conviction est d’autant plus forte qu’ils sont persuadés que sans cette solution, des pays comme l’Egypte, l’Arabie Saoudite, la Libye ou l’Algérie n’auraient pas connu la paix relative dont ils jouissent aujourd’hui. Tous ont expérimentés en effet, la méthode musclée, celle de la répression sécuritaire, des offensives militaires, des emprisonnements drastiques, des liquidations extrajudiciaires…avant de découvrir que nulle voie autre que le dialogue ne sera pérenne et porteuse.

D’ailleurs, l’histoire de la lutte antiterroriste a démontré que les prisons peuvent produire le meilleur comme le pire. C’est dans sa cellule que Seyed Imam Abdelaziz alias Docteur Fadl, figure emblématique de l’islamisme radical en Egypte a trouvé la voie de la rédemption.

En effet, c’est en prison que ce théoricien du radicalisme djihadiste, auteur de deux livres (Omda et Jamii), véritables bréviaires pour apprentis terroristes, avait renié les théories qu’il défendait, allant jusqu’à dénoncer les pratiques d’Al Qaïda et celles de son ancien compagnon de cellule Ayman Al Zawahiry, n° 2 du mouvement. C’est en prison que beaucoup de prisonniers se sont radicalisés d’ailleurs, comme Ayman Al Zawahiry et Seyed Ooth.

Les exempples de revirement de plusieurs éminences grises du mouvement terroriste par la vertu du dialogue sont légions aussi bien en Egypte qu’en Arabie Saoudite. «Le dialogue noué entre les autorités publiques et ces groupes radicaux dans les prisons a favorisé ces mutations et a contribué à l’instauration d’un climat propice à l’échange » selon les historiens du mouvement.

L’Egypte a été la première à expérimenter la voie du dialogue après avoir essuyé les attaques des mouvements Al Jamâa Al Islamia qui renonceront en 1997 à l’usage de la violence. Alors qu’ils prônaient le djihad contre les Etats musulmans «impies » et «valets de l’Occident », ces groupes se sont mis à combattre ces idées, dénonçant le recours aux armes et l’attaque contre les étrangers. L’Egypte libérera ainsi des centaines de prisonniers appartenant à ce groupe dont les leaders sont devenus les plus farouches critiques d’Al Qaïda dans les débats publics télévisés.

Même tendance amorcée en Arabie Saoudite, après les attaques terroristes de Riyad du 23 mai 2003 (29 victimes), alors que jusque-là le Royaume a été épinglé comme foyer du Wahabisme, et épicentre du terrorisme au soir du 11 septembre lorsque 15 des 19 auteurs de l’attentat contre le World Trade Center furent identifiés comme saoudiens.

La nationalité de Oussama Ben Laden n’arrangeait pas l’image que l’Occident se faisait de l’Arabie Saoudite. Mais depuis, le Royaume a développé une véritable politique de rééducation et de réinsertion des «salafistes djihadistes » grâce à l’institution d’un régime carcéral à visage humain.

Les prisonniers ont en effet accès aux livres, au sport et aux loisirs. En plus, de véritables commissions de communication ont été installées avec l’implication des érudits, des psychologues, des journalistes, des représentants du ministère de l’Intérieur, des parents et proches des prisonniers.

Les détenus salafistes sont considérés non pas comme des criminels à torturer et à isoler, mais comme des victimes de «hold up mental » et de manipulations idéologiques qu’il s’agit de récupérer par un combat d’idées et de convictions. Le taux de réussite de cette méthode a été estimé à 80 % et sur les 3.000 prisonniers salafistes, 1.400 ont été libérés lorsqu’ils ont manifesté leur volonté de renoncer à leurs idées fanatiques. Cette approche a d’ailleurs inspiré les Américains dans leur lutte contre Al Qaïda en Irak.

Dans le Maghreb, la Mauritanie ferait bien de s’inspirer par delà les exemples égyptiens et saoudiens, de celles de l’Algérie et de la Libye. Dans la Jamahiriya, le virage opéré dans la lutte antiterroriste, longtemps embourbée dans l’approche répressive et sécuritaire, a été marquée par la reddition du Groupe islamique des combattants libyens (GICL).

Grâce au dialogue ouvert entre les autorités libyennes et ce groupe, 88 puis 45 membres du mouvement ont été libérés au cours d’une cérémonie officielle au cours de laquelle, les éléments du GICL ont annoncé leur repentir et la rupture de toute relation avec Al Qaïda. Geste symbolique, la tristement célèbre prison Abou Slim de Tripoli, lieu d’un massacre historique qui avait fait plus de cent tués, fut détruit.

En Algérie, après une longue guerre contre le GIA, mouvement créé après le démantèlement du Front Islamique du Salut (FIS) et l’emprisonnement de ses leaders historiques, les autorités ont enfin ouvert la voie à la réconciliation nationale, libellée en terme d’absolution contre le dépôt des armes pour tout combattant islamique. Cette solution a porté ses fruits, car l’Algérie longtemps théâtres d’opérations terroristes, a retrouvé paix et calme.

Les méfaits du sans dialogue.

Le Maroc, la Tunisie et la Mauritanie restent les seuls pays du Maghreb où le principe du dialogue avec les prisonniers salafistes reste prisonnier des contingences sécuritaires. Pourtant en Mauritanie, la méthode pourrait présenter bien des avantages en termes de réconciliation et d’apaisement du front intérieur, mais aussi en termes de collaboration pour circonscrire les actions commanditées de l’extérieur. En récupérant les présumés salafistes djihadiste qui croupissent en prison, ce sont des mines d’informations et d’argumentaires que l’Etat mauritanien pourra capitaliser pour contrer les velléités d’Al Qaïda de faire de notre pays l’arrière cour de ses actions dans la région.

Les prédispositions d’un tel dialogue semblent exister au sein de beaucoup de prisonniers, à l’image des 25 salafistes qui ont déjà exprimé leur repentir.

En effet, certains comme Tahar Ould Biyé qui purge une peine de 8 ans, continuent à soutenir que le «dialogue évitera au pays d’entrer dans une guerre inutile et que l’ouverture préconisé par certains Ulémas, intellectuels et salafiste est la bienvenue » regrettant que du côté du pouvoir, on reste encore sourd à cet appel. Ce qui est sûr, le régime carcéral en vigueur à la prison civile où sont internés les Salafistes risque de produire des monstres, car la rigueur du traitement y est décrite comme inhumaine.

C Aïdara


Comment Al Qaïda traite ces otages Témoignages d’anciennes victimes.

Al Qaïda au Maghreb islamique ! Une nébuleuse dont le modus operandi reste encore un grand secret, même si de présumés spécialistes autoproclamés du mouvement se sont essaimés ici et là, devenant presque des voix autorisées sur la question, consultées souvent pour démêler à l’attention de l’opinion des actes terroristes commis dans ce coin-ci ou l’autre de la planète. Mais la seule consultation qui vaille est celle de ceux qui ont été en réel contact avec Al Qaïda.

Tels ces otages enlevés et libérés par le mouvement et dont nous restitutions ici quelques témoignages. Ils expliquent comment Al Qaïda traite ces victimes et nous dévoilent un pan de vie de ses hommes. Plusieurs anciens otages de la Branche d’Al Qaïda au Maghreb islamique (Baqmi) ont oublié leur peur. Certains d’entre eux ont raconté les conditions de leur séquestration et la manière avec laquelle les éléments du mouvement les ont traités tout au long de leur détention.

Dans de longs entretiens publiés par le journal espagnol «El Pais», l’un des journaux espagnols devenus prolixes sur Al Qaïda depuis l’enlèvement de trois de leurs concitoyens le 29 novembre 2009 en Mauritanie, quelques anciens pensionnaires des camps de Baqmi se sont épanchés. Les anciens otages qui ont accepté de se confesser sont entre autres, les deux Autrichiens Wolfgang et Andréa et l’Allemande Maryanne notamment.

Tous ont relaté la nature hostile de leur existence dans les camps d’Al Qaïda, au cœur du Sahara, là où nulle puissance ni armée régionale n’ose encore s’aventurer. Il s’agit du nord malien. Ils ont fourni des informations sur le leader charismatique du groupe, Abdel Hamid Abou Zaïd, mettant en exergue les conditions de leur détention, surtout le traitement réservé aux femmes, révélant quelques aspects plutôt dramatiques de leur aventure et le côté comique de certaines situations.

Aperçu général…

«Fraîcheur et chaleur, scorpions et serpents, déficit en médicament, parfois manque cruel de nourriture ». Telle est le premier tableau brossé par certains anciens otages séquestrés pendant des périodes plus ou moins longues dans ce no man’s land du Nord malien. Au cours de leurs investigations, les journalistes d’El Pais ont tenté de recueillir le témoignage de tous les anciens otages de Baqmi, enlevés entre 2008 et 2009. Personne d’entre eux n’acceptera de témoigner, hormis trois d’entre eux.

Il s’agit de l’Allemande Maryanne qui n’avait jusque-là livré ses confidences à aucun média, ainsi que le couple Autrichien qui bat le record des séjours dans les camps de Baqmi, 10 mois de détention entre janvier et octobre 2008.

Ils détiennent aussi le record du plus long voyage aux mains de leurs ravisseurs, dans la mesure où ils se sont déplacés pendant 11 jours dans le Sahara, du Sud Tunisien où ils ont été enlevés jusqu’au nord-est malien. L’envoyé spécial du journal «El Pais » les a rencontrés chez eux dans une localité proche de la ville allemande de Frankfort. Ils ont rencontré aussi Helene, près de Strasbourg.

Bien que les témoignages livrés par les anciens otages ont fait ressortir des différences de traitement d’une catégorie d’otage à une autre, les espagnols, à travers ces récits, pouvaient se faire une idée de ce qui attend leurs trois ressortissants actuellement entre les mains du Mouvement Al Qaïda au Maghreb islamique, Alicia, Roki et Albert, enlevés le 29 novembre 2009 sur la route Nouakchott-Nouadhibou.

Quatre jours auparavant, les éléments de Baqmi avaient enlevé le Français Pierre Camet alors qu’il se trouvait dans la localité de Manika dans le nord malien. L’enlèvement des trois Espagnols sera d’ailleurs suivi presque un mois plus tard, le 28 décembre 2009, par celui du couple Italien, Sergio et sa femme Philomène d’origine burkinabé, sur les frontières entre la Mauritanie et le Mali. Une autre tentative sera signalée au Niger, lorsque des éléments essayèrent d’enlever un groupe de touristes saoudiens.

L’opération s’est achevée par la mort de quatre Saoudiens et la blessure d’un certain nombre d’entre eux. L’otage d’origine suisse, Gabriella Barko refusera toutefois de témoigner dans les colonnes d’El Pais, soulignant qu’elle et son mari, Wierner n’ont accepté jusque-là de se livrer qu’à un seul journal, le «Sunday Telegraph » britannique, à l’occasion de l’anniversaire de la mort de leur compagnon d’infortune Edwin Dyar.

Selon elle, la mort d’Edwin l’a beaucoup marquée, car il l’avait soutenu à un moment où elle était complètement désemparée. Même hommage rendu par son mari Wierner qui affirme que n’eût été Edwin, il serait déjà mort, car il était tombé malade au cours de sa détention et qu’Edwin lui a été d’un grand secours.

L’Anglais Edwin Dyar.

Wierner et son épouse Gabriella ont décrit Edwin comme un homme introverti, très préoccupé par l’avenir de la société générale d’eau et d’assainissement dont il était le responsable vente. Gabriella dans une réminiscence poignante soulignera qu’Edwin a vécu, fils d’un officier de l’armée britannique et d’une Allemande qui vivait en Autriche. Elle dira qu’Edwin aurait pu obtenir la nationalité autrichienne, ce qui lui aurait certainement sauvé la vie, n’eût été son amour très profond pour la Couronne d’Angleterre.

Et lorsque le Géorgien, Wierner Griener, avocat de 58 ans, demanda des nouvelles de son compagnon d’infortune, l’Anglais Edwin Dyar 58 ans, son géôlier, un homme sec à la barbe foisonnante lui répondit simplement en français : «il est parti ». Exécuté froidement lorsque la Grande Bretagne refusa de traiter avec les preneurs d’otages.

Wierner et sa femme, Gabriella Barko (55 ans), conseillère municipale, ainsi qu’Edwin et Maryanne, professeur de nationalité allemande à la retraite (76 ans), longtemps établie à Niamey (Niger), ont été enlevés ensemble en 2009 aux frontières nigéro-maliennes, alors qu’ils assistaient à une fête Touarègue.

De fêtards joyeux, les yeux pétillants d’exotisme, ils devinrent otages entre les mains d’Al Qaïda au Maghreb Islamique. Pire, auprès du groupe le plus radical. Et quand Wierner se vit répondre par son geôlier que Edwin «est parti», il crut qu’il a été libéré par les membres d’Al Qaïda qui les séquestrait, et qui venaient de libérer sa femme Gabriella et l’Allemande Maryanne.

Ce n’est qu’après sa libération, six semaines plus tard, qu’il saura que son compagnon de détention, l’Anglais Edwin Dyar a été exécuté le 31 mai 2008. C’est le seul otage occidental à connaître ce sort aux mains du Mouvement Al Qaïda au Maghreb islamique.

Les quatre touristes ont été enlevés en janvier 2009 à l’est du Niger, un mois seulement après l’enlèvement des deux Canadiens dans la même zone. Il s’agissait de l’envoyé spécial du Secrétaire général de l’ONU au Niger et son adjoint. Puis ce sera le tour du couple Autrichien Wolfgang (53 ans) et Andréa (44 ans) de rejoindre la liste des otages d’Al Qaïda.

Edwin, selon le couple aimait beaucoup voyager en Afrique. En janvier 2009, son médecin l’avait déconseillé de voyager pour des raisons de santé. Il a voulu annuler son périple, mais comme l’agence de voyage refusait de lui rembourser les frais de déplacement dont il s’était acquitté, il décida de maintenir son voyage. Parmi les quatre otages, il était le seul à supporter les affres de la séquestration, racontent ses ex-compagnons.

«Il tentait de s’occuper, faisait le thé, débarrassait le couvert pour éviter l’invasion des mouches et des insectes » précise Gabriella. Elle soutint qu’Edwin l’aidait beaucoup, car elle se déplaçait difficilement à cause d’une fracture du bras et quatre côtes fêlées le premier jour de leur enlèvement, le 22 janvier 2009. Quarante-huit heures avant sa libération, le 22 avril 2009, Maryanne a elle aussi été mordu à la main par un scorpion.

«Edwin a lavé la blessure plusieurs fois avec de l’eau et du savon » dira-t-elle. A son retour, elle subira une transplantation puis hospitalisée pendant six semaines. Quelques jours après leur séjour dans un modeste camp de Baqmi dans le nord malien, «Nouar », le plus jeune des combattants d’Al Qaïda demanda à Wierner de l’accompagner dans un autre lieu où ils avaient besoin de son expertise.

Il s’absentera pendant presque quatre semaines, ce qui affola son épouse qui entre temps fit davantage la connaissance de Maryanne et d’Edwin. Les deux dames ne pouvaient pas parler aux ravisseurs et c’est Edwin qui s’occupait de tout et se rendait à ce qu’ils appellent le «point de contrôle », sorte de frontière imaginaire entre le camp des ravisseurs et celui des otages. Seuls les hommes étaient autorisés à franchir ce «point de contrôle », un point tracé par les ravisseurs.

C’est là où ils remettaient aux otages la nourriture, l’eau, le savon, les couvertures pour se couvrir la nuit, des médicaments en cas de besoin… «Là, Edwin restait debout pendant des heures, attendant qu’un des combattants Al Qaïda daigne le rejoindre pour recueillir ses demandes…Il négociait avec un grand talent… » se rappelle Gabriella.

Edwin meublait surtout les longues journées de désoeuvrement des deux dames, leur racontant ses thèmes fétiches, notamment l’Opéra, ses lectures, Shakespeare… «C’était un homme très cultivé » souligne Maryanne, qui enseignait le Français et qui à son tour entretenait ses compagnons d’infortune de Camus, Jean-Paul Sartre, «Le livre de ma jeunesse »…

Et puis Wierner revint enfin de son périple ! Il remarqua qu’Edwin s’était bien occupé des dames. Gabriella et Maryanne seront libérées le 22 avril 2009. «Le dernier mot que j’ai dit à Edwin est la suivante : s’il te plaît prends bien soin de mon mari » se rappelle Gabriella. Dans l’entretien qu’elle a accordé au «Sunday Telegraph », Gabrielle avait soutenu que son époux «faiblissait et dépérissait de jour en jour » en l’absence de tout traitement.

Les deux hommes restèrent en détention jusqu’en fin mai 2009, quand les ravisseurs amenèrent Edwin pour l’exécuter. Le Premier ministre britannique Gordon Brown avait refusé jusqu’au bout de se plier aux exigences des ravisseurs qui demandaient la libération du célèbre prisonnier Omar Mohamed Outhmane (49 ans), plus connu sous le nom de «Abou Ghoutada », chef spirituel d’Al Qaïda en Europe et contre qui la justice espagnole avait émis un mandat d’arrêt international, le comparant à Balthazar. Gordon Brown refusa ainsi de verser la rançon qui aurait pu sauver Edwin Dyar.

Les rançons.

Les otages libérés ignorent les rançons versées contre leur libération, mais l’Allemagne, la Suisse et le Canada ont craché dans l’escarcelle du mouvement Al Qaïda en 2009, bien qu’officiellement ils continuent de démentir. Le Mali a été lui aussi contraint de libérer quatre terroristes emprisonnés dans ses geôles, dont deux spécialistes mauritaniens des explosifs.

Le gouvernement Autrichien a lui aussi versé en 2008 une forte rançon pour libérer le couple Wolfgang et Andréa. Cet argent a, entre autres, servi à rééquiper Al Qaïda en armement, surtout pour sa branche opérant dans le nord de l’Algérie. L’otage Autrichien, Wolfgang, un agent du fisc, s’est lui fait beaucoup d’argent à travers les interviews et entretiens accordés aux médias de son pays, reversant le produit au Trésor public autrichien.

«Il s’agit d’une modeste contribution de ma part pour rembourser le montant que mon pays a versé aux ravisseurs pour ma libération et celle de la femme » soutient-il. A tous les journalistes étrangers qui l’abordent pour obtenir un récit de son aventure, il les renvoie aux propos qu’il a déjà publiés dans les journaux autrichiens.

Les ravisseurs ont tenté de faire changer au couple autrichien leur religion. «Convertir un impie à l’Islam vaut toute la fortune du monde » comme le leur a dit un des combattants, qui souligna que cela ne les empêchera pas toutefois de verser la rançon. Pour l’otage Allemande Maryanne, elle se verra même offrir un livre du Saint Coran lors de sa libération.

Le Chef de la diplomatie espagnole, Miguel Angel Moratinos affirmera à plusieurs reprises que l’Espagne ne versera pas de rançon, mais son gouvernement est entré dans les négociations avec les ravisseurs de leurs trois citoyens, par l’intermédiaire de quelques notables maliens. Al Qaïda réclame 7 millions d’Euros contre la libération des Catalans.

Un intermédiaire se confie.

La loi de l’Omerta, notamment sur la mort de Edwin et les transactions européennes pour libérer leurs otages, sera brisé pour la première fois par l’un des plus illustres intermédiaires du nord malien, un notable qui avait intercédé en juin 2009 entre les éléments d’Al Qaïda et plusieurs gouvernements européens, et qui s’est illustré en tentant de sauver la vie du Britannique Edwin Dyar.

Il racontera au correspondant de l’AFP à Bamako sous le couvert de l’anonymat, ses dernières rencontres dans le Sahara avec Abdel Hamid Abou Zaïd (43 ans), chef du plus redoutable aile d’Al Qaïda au Maghreb islamique, celui qui détient actuellement les otages espagnols.

«Qui sont ces Britanniques ? » se serait enflammé Abdel Hamid dans un geste colérique, avant de répondre lui-même à sa question : «ils ne sont rien d’autre que des impies européens ». Et de lancer : «c’est pourquoi, il faut exécuter cet homme en signe de rapprochement à Allah ». Par la suite, il informera les autorités maliennes par le biais de son téléphone satellitaire qu’il allait exécuter l’otage britannique.

L’intermédiaire s’est réunie le jour-J avec Abdel Hamid qu’il trouva bouillonnant de colère. «Il y avait d’autres otages, raconte-t-il, un Britannique et un Suisse. Dyar portait un turban et il tremblait de peur. Dans ses pleurs, il disait des choses que je n’ai pas bien saisi. Ses deux mains étaient entravées et Abou Zaid me demanda de quitter. Je me suis retourné et j’ai entendu deux coups de feu. Je ne sais pas s’il s’agissait des balles qui avaient tué Edwin. Son corps fut par la suite horriblement mutilé »

Selon le notable malien, l’ordre de tuer Edwin ne venait pas de Abou Zaïd. Il dira que selon les correspondances échangées entre le Mouvement Al Qaïda au Maghreb islamique et la tutelle établie en Asie Centrale, Edwin a été exécuté sur un ordre venu des montagnes d’Afghanistan et du Pakistan.

«Nous avons tué l’otage britannique pour qu’il goûte lui et son pays, la Grande Bretagne, aux souffrances quotidiennes que fait endurer aux musulmans innocents, la coalition formée par les Croisés et les Juifs ». Tel sera le contenu laconique, publié sur un site islamiste par Al Qaïda, le 3 juin 2009 et qui servit de note nécrologique après l’exécution de Edwin Dyar.

D’ailleurs, selon les témoignages des otages, leurs ravisseurs leur montraient plusieurs fois des séquences vidéo sur ordinateur portable, montrant les traitements inhumains et cruels que les militaires américains faisaient subir aux prisonniers musulmans dans les prisons de Guantanamo (Cuba), Abou Graïb (Irak) et Baghram (Afghanistan). «Par ces images, ils nous montraient comment nous étions humainement traités chez eux » souligne Maryanne.

«Nous avons de bonnes raisons de croire que le citoyen Edwin Dyar a été tué par une cellule d’Al Qaïda au Mali » dira le Premier ministre Gordon Brown le même jour dans une note portant sa signature et qui condamnait «cet acte barbare», avant de soulever que «ce drame nous conforte dans notre volonté de combattre le terrorisme, c’est-à-dire, refuser de verser des rançons aux terroristes ».

Qui est Abdel Hamid Aboud Zaïd ?

De plus en plus, les otages commencent à connaître Abdel Hamid Abou Zaid, ainsi que ses hommes issues de diverses nationalités, marocaines, libyennes, sahraouies, maliennes, nigériennes, nigérianes, mauritaniennes…Seulement, la hiérarchie du commandement, notamment Abou Zaïd et ses proches lieutenant sont tous Algériens, des hommes rompus au terrorisme dans leur pays.

«Il n’est pas extraordinaire » relève Maryanne, parlant de Abou Zaïd qu’elle a eu l’occasion de rencontrer deux fois. «Cet homme craint par tous est en réalité un bout d’homme, court de taille et au visage broussailleux » raconte-t-elle. «Il était plutôt méfiant et tout roulé sur lui-même, en même temps paternaliste, très doux à peu près » poursuit-elle. Pour Wierner et Wolfgang qui ont eu à avoir de longs entretiens avec Abou Zaïd, Chef charismatique du Mouvement Al Qaïda au Sahel et son adjoint Nigérien qui joue au traducteur, «il respectait toujours sa parole ».

Abou Zaïd manifesta un grand intérêt pour son otage géorgien Wierner quand il sut que ce dernier était une encyclopédie, très versé dans l’histoire des religions monothéistes, y compris l’Islam. Effectivement, les ravisseurs ont tenté de le convertir lui et son épouse.

«Le fait de convertir un impie à la religion de l’Islam vaut le monde et ce qu’il contient » dira l’un des ravisseurs, sans que cela puisse signifier selon eux qu’ils allaient renoncer à la rançon. Dans leurs échanges, les ravisseurs feront savoir au couple autrichien que leur pays a failli basculer dans le monde musulman quand les Ottomans assiégèrent Vienne en 1529. «Le seul pays européen qui était islamisé, et qui doit le redevenir, c’est l’Espagne » diront les combattants Al Qaïda.

Les combattants…de jeunes imberbes.

Les otages racontent que les jeunes, assignés pour leur surveillance, et dont l’âge varie entre 17 et 24 ans, leur ont dit avoir rejoint les rangs d’Al Qaïda, poussé par leur foi. En réalité, remarque Maryanne, ils le font pour se valoriser. «Ils font partie d’un groupe et ils se sentent entourés ici, pour la première fois, d’un grand amour » explique-t-elle. «Avec cela, ils sont radicaux, tellement radicaux que l’un d’eux a tué son père » racontent Wolfgang et Andréa selon les aveux d’un des combattants. Les combattants…de jeunes imberbes

Les otages racontent que les jeunes, assignés pour leur surveillance, et dont l’âge varie entre 17 et 24 ans, leur ont dit avoir rejoint les rangs d’Al Qaïda, poussé par leur foi. En réalité, remarque Maryanne, ils le font pour se valoriser. «Ils font partie d’un groupe et ils se sentent entourés ici, pour la première fois, d’un grand amour » explique-t-elle. «Avec cela, ils sont radicaux, tellement radicaux que l’un d’eux a tué son père » racontent Wolfgang et Andréa selon les aveux d’un des jeunes combattants.

«Les terroristes étaient trop jeunes, dira Wolfgang, interdits de vie sexuelle, malgré le désir ardent qui les tenaillait et qu’ils tentent de contenir. L’un d’eux avait l’habitude de regarder ma femme jusqu’à ce que je lui en aie demandé la raison.

Il s’est retourné confus et a disparu ». Il y a eu d’autres cas où les pulsions des mâles terroristes se sont manifestées. Comme en avril 2009, quand Abou Fayçal le chef du groupe qui les détenait, fut sur le point de libérer Maryanne et Gabriella.

Il avait proposé à l’otage suisse qui souffrait de courbatures, de lui frotter le dos à l’aide d’une huile aux vertus médicales, contrairement à toutes les règles du rigorisme islamique suivi par les membres d’Al Qaïda. Mais sa proposition sera rejetée par Gabriella.

Il est arrivé aussi que les otages allègent la souffrance des combattantes, à l’exemple de l’otage autrichienne Andréa, infirmière de formation et qui soigna la blessure par balle d’un combattant.

Tragi-comédie.

Mais au milieu de tant de souffrances, perlent cependant quelques faits insolites qui forcent le rire. Avant les négociations, les services de renseignement occidentaux demandent à l’intermédiaire une batterie d’informations personnelles, y compris des questions privées auxquelles seuls les otages eux-mêmes peuvent répondre. Par ce procédé, ils vérifient si les otages sont toujours en vie et confirment leur nationalité. «Ils m’ont demandé par exemple le nom de ma nièce qui vit au Portugal » se rappelle Maryanne.

Le couple autrichien Wolfgang et Andréa n’ont pas d’enfants communs, chacun d’entre eux a trois enfants d’un précédent mariage et ils avaient communiqué leur nom aux autorités autrichiennes. La liste tomba entre les mains des ravisseurs qui en conclurent aussitôt qu’ils n’étaient pas mariés, alors qu’ils s’étaient liés en 2007, soit une année avant leur enlèvement.

Et le couple se vit proposer un mariage islamique qu’il accepta. On offrit ainsi comme dot à la nouvelle mariée, Andréa, deux couteaux. Wolfgang, se rappelant aujourd’hui de cet épisode dans un rire fou, soutint que c’était encore beaucoup plus que ce qu’il possédait en ce moment.

Parmi les souvenirs merveilleux selon Wierner, les quelques appels téléphoniques que lui concédaient ses ravisseurs et au cours desquels il s’entretenait avec son aîné Bernard par téléphone satellite. «Ils nous obligeaient au départ à parler en anglais pour permettre au garde-chiourme nigérian de suivre les conversations, avant qu’ils nous autorisèrent à parler en Allemand » ajoute-t-il. Ils n’offraient pas cette commodité aux autres otages européens, pour des raisons «sécuritaires » disaient-ils.

Selon les otages, ce qui est bizarre c’est que l’identification des lieux d’appel est beaucoup plus facile à déterminer si l’appel provient d’un téléphone satellitaire qu’avec n’importe quel autre portable ordinaire. Malgré la possibilité d’identifier avec exactitude la provenance de ces appels, une opération militaire de sauvetage des otages dans le Nord malien reste périlleuse, constate en substance les observateurs.

Les femmes otages.

Les combattants Al Qaïda, par simple manipulation sur leurs ordinateurs, cachent le visage des femmes dans les messages qu’ils envoient et placent quelques éléments en contre-fonds, alors qu’en réalité, ces hommes ne se trouvaient pas derrière eux au moment de la prise des images, explique Maryanne. Malgré quelques situations comiques qui peuvent se produire de temps en temps, l’enlèvement en soi est une opération semée d’embûches, constatent les otages.

«La chaleur, les insectes, les scorpions, les serpents, la malnutrition, la rareté des médicaments, le manque d’hygiène sont autant de choses insupportables » souligne Maryanne qui, évoquant son asthme, poursuit que «les médicaments, de fabrication locale, arrivent souvent de l’Algérie».

Maryanne avait fini par perdre tout espoir de voir son bras cassé soigné. On la réveillera au milieu de la nuit. La zone était, disait-elle, éclairée par les phares des voitures Tout Terrain et elle vit Bilal, le plus bel homme du Sahara, selon le témoignage de toutes les femmes otages. C’est le médecin du coin. Il lui placera un plâtrage de fabrication allemande.

Pour Andréa, le manque de contact humain était la pire des épreuves. Les otages sont isolés les uns des autres. Il a fallu, avança-t-elle, toute l’insistance de son mari Wolfgang pour que sa solitude soit brisée.

Les souffrances des femmes otages étaient pourtant plus importantes. On les obligeait à se couvrir la tête mais sans en faire autant pour le visage. Bien entendu, dans les photos que le mouvement Al Qaïda publie, le visage des femmes est toujours caché par un jeu d’ordinateur.

La nourriture.

«L’eau que nous consommions contenait du gasoil et pour faire sa toilette, on n’avait droit qu’à un verre d’eau, sauf à une seule occasion où chacun de nous bénéficia de 3 litres d’eau » précise Maryanne. «C’était une chose extraordinaire ! » trouva-t-elle.

Quant à la nourriture, elle était à base de riz, de pâtes, de viande, de poisson ; les mets étaient partagés équitablement entre les otages et les ravisseurs, et les deux camps vivaient les mêmes périodes de crise ». Parfois, ils entendaient le leitmotiv «Food is finish !» (la nourriture est épuisée). Et pendant des jours, parfois un mois, ravisseurs et otages ne mangeaient que des miettes qu’ils se partageaient d’égale égale.

Source : «El Pais » et «Al Akhbar »
Traduction : C.Aïdara via cridem




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